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Les éléments clés du 4e débat en ligne

Le 5 mai se tenait le quatrième grand débat ReCOVery sur le thème "Mission et impact sociétal de l’entreprise, des facteurs de résilience ?".

Replay du débat
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mediapar Antonio Meza @antoonsparis
Ce quatrième débat de l’initiative reCOVery, initiée par Mirova et Fabernovel, était animé par Thierry Keller, directeur de la rédaction d’Usbek & Rica. Son thème : ”Consolider l’engagement sociétal de l’entreprise : Mission et impact sociétal de l’entreprise, des facteurs de résilience ?” Thierry Keller a tout d’abord présenté les grands témoins du débat : Fanny Auger, Directrice de la marque Nature & Découvertes, Hortense Harang, Co-Fondatrice et présidente de Fleurs d’Ici, Olivia Grégoire, Députée LREM et vice-présidente de la commission des Finances et Pascal Demurger, Directeur général de la MAIF et auteur de “L'entreprise du XXIe siècle sera politique ou ne sera plus”. Augustin Boulot, délégué général de BLab France et Laurence Méhaignerie, représentante de la Communauté des Entreprises à mission, ont introduit le débat en revenant sur la définition des termes du débat, en commençant par la résilience, “la capacité à réussir, à se développer en dépit de l’adversité”, selon les mots de Boris Cyrulnik. La résilience n’est pas seulement une capacité à résister : c’est aussi la capacité à s'améliorer et à progresser y compris en situation d’adversité.

Qu'est-ce qu’une entreprise à mission ?

Faisant référence à Nietzsche, Laurence Méhaignerie a expliqué qu’une entreprise à mission est une entreprise qui s’est posé la question du pourquoi, de sa finalité. L’utilité est placée au coeur du projet d'entreprise et l’organisation s’est donné les moyens de mener à bien sa mission, en l’inscrivant dans ses statuts et en associant ses différentes parties prenantes à sa gouvernance. Cette entreprise à mission est la troisième étape d’un chemin qui passe au préalable par deux autres stades : la RSE (qui n’est plus une option aujourd’hui, car elle est désormais consacrée dans la loi), puis la définition de la “raison d’être”, qui signifie que l'entreprise a défini et présenté un projet collectif de long terme à ses actionnaires. La “mission” est avant tout un cap : il s’agit d’un objectif que l’entreprise doit s’efforcer de faire vivre dans son quotidien à travers ses différentes actions, a rappelé ensuite Augustin Boulot. Ce dernier souligne que l’économie du XXe siècle - qui est encore la nôtre aujourd’hui - est un monde où le principal objectif de l'entreprise est de créer de la valeur pour l'actionnaire. Au XXIe siècle, cet objectif de rentabilité n’a pas vocation à disparaître, mais il ne doit plus être une fin en soi : il est un levier d'action pour l'entreprise, au service de sa mission et de ses différentes parties prenantes (fournisseurs, collaborateurs, consommateurs…). Le “doughnut” offre un modèle économique pour l’entreprise de demain, qui prend en compte l’impact sociétal et le respect de l’environnement : Amsterdam utilise ce modèle économique pour son plan de redémarrage post-covid.

De l'importance d'une initiative européenne pour encourager l’ESG

Olivia Grégoire a ensuite complété l’exercice de définition avec le terme d’ESG, qui regroupe la dimension environnementale, sociétale et la gouvernance. Elle a aussi souligné un autre apport de la Loi Pacte, aux côtés de la raison d’être : le “fonds de pérennité économique”. Selon elle, ce dispositif sera fondamental dans la relance, pour permettre le partage de la valeur et la préservation de l'actionnariat salarié. Elle a aussi souligné que si les entreprises s’étaient bien saisies du concept de raison d’être, il était peu engageant : encore une fois, il s’agit d’un premier pas. Le statut d’entreprise à mission est lui beaucoup plus contraignant et implique la mise en place d’instances de contrôle intégrées à la gouvernance de l’entreprise. Sa crainte est que, comme pour la RSE des années 2000, les budgets alloués à la raison d’être et à l’ESG s’effondrent avec la crise. Pour que l’ESG soit pérenne, il faut que les pouvoirs publics, au niveau européen, mettent en place des dispositifs de soutien pour cette économie vertueuse, afin d’encourager les entreprises à en prendre le chemin.

Deux exemples concrets d’entreprises à mission

Hortense Harang, la créatrice de Fleurs d’ici, première plateforme de vente de fleurs locales et de saison, fournit un exemple d’entreprise qui a pris la route de l’ESG. Cette startup s’est donné deux missions : la sauvegarde de l'industrie horticole en France et le soutien aux commerces de proximité en centre-ville. L'idée est de recréer un écosystème, explique sa fondatrice, qui considère que cette vision écosystémique des filières est la clé pour transformer les sociétés et les entreprises. Nature & Découvertes, fondée en 1990, est un autre exemple d’entreprise ayant pris la voie de l’ESG, bien avant que la raison d’être ne fasse l’objet d’une loi. Fanny Auger rappelle que la mission de l’entreprise (“reconnecter l’homme et la nature, le business et l’engagement”) a été écrite noir sur blanc dès la création de l’enseigne et perdure aujourd’hui, alors que l’enseigne a rejoint le groupe Fnac Darty l’an dernier. Son premier rapport “Développement Durable” a été publié dès 1993, un an avant la création de la fondation Nature & Découvertes en 1994. L’entreprise est certifiée Bcorp depuis 2015. Depuis août 2019, elle a initié un travail de définition de sa raison d’être, en impliquant ses parties prenantes (salariés, fournisseurs et clients). La crise du Covid-19 a donné une nouvelle direction à ce travail : l’enseigne s’envisage désormais comme un fournisseur de solutions différentes pour un nouveau mode de vie.

La crise, une "loupe" et une prise de conscience

Quatrième grand témoin de ce débat, Pascal Demurger considère que cette crise fait office de loupe, qui conduit chacun à se réinterroger sur ses priorités et ses valeurs. Il a bon espoir que cette crise accélère le mouvement de prise de conscience du fait que l’entreprise a un rôle à jouer au service du bien commun. Elle devrait aussi inciter les entreprises à privilégier la résilience aux logiques de performance à court terme. Dans ce processus, le Directeur général de la MAIF a souligné que l’Etat a un rôle majeur à jouer, à travers la commande publique, les aides ou le levier fiscal. Notamment, les aides distribuées actuellement pourraient être conditionnées à des changements de comportement de la part des entreprises, en termes d’impact sur l’environnement et la société en général.

Le double enjeu de la mesure

En conclusion, les intervenants sont revenus sur l’importance de la mise en place d’indicateurs, au niveau européen, afin de permettre de quantifier et de rendre tangibles les évolutions de comportements des entreprises. Pour Olivia Grégoire, la bataille sera gagnée quand le bilan extra-financier, celui de l’impact de l’entreprise, sera présenté aux côtés de son bilan comptable. Pascal Demurger l’a confirmé : les entreprises sont face à un double enjeu de mesure. Celui de l’impact des entreprises sur leur environnement, d’une part, et celui de la performance de l’engagement, d’autre part. L’objectif est de démontrer aux actionnaires que l’engagement n’est pas uniquement source de coûts et de contraintes, mais aussi de performance accrue pour l’entreprise, sur le temps long. Enfin, Thierry Keller a clos les échanges en remerciant les intervenants et les partenaires de l’initiative ReCOVery, et en rappelant le thème du prochain débat, jeudi 7 mai à midi : “Innover et coopérer : des clés pour l’entreprise engagée”
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