png

Les éléments clés du 5e débat en ligne

Le 7 mai se tenait le cinquième grand débat ReCOVery sur le thème "Innover et coopérer : des clés pour l’entreprise engagée".

media
media
media
media
mediapar Antonio Meza @antoonsparis
« Innover et coopérer : des clés pour une entreprise engagée » était le thème de ce 5ème débat en ligne dans le cadre de l’initiative ReCOVery, initiée par Philippe ZAOUATI (CEO de Mirova) et Stéphane DISTINGUIN (FaberNovel), soutenue par nombre d’entreprises engagées, et de réseaux dont la Coalition 10% pour tout changer ou encore la Communauté des Entreprises à Missions, deux collectifs représentés dans ce débat par leurs initiateurs. Le débat était présenté par Cyrielle HARIEL, journaliste, présentatrice de l’émission « Objectif Raison d’Être » sur BFM Business et introduit par deux personnalités pionnières en termes de coalitions et de d’innovation, Christophe ITIER, Haut-Commissaire à l’Économie Sociale et Solidaire et à l’Innovation sociale, ainsi que Nicolas BRIEN, CEO de France Digitale. Christophe ITIER, également à l’initiative de la Coalition « 10% pour tout changer » lancée en 2019 et qui a récemment fédéré plus d’une centaine de dirigeants dans une tribune publiée dans Les Echos intitulée “Pas de « monde d’après » sans l’union de nos forces, a ainsi commencé par lancer un appel à faire perdurer les coalitions au-delà de la crise Covid-19. Très vite, il a évoqué certaines priorités pratiques nécessaires pour opérer la transition écologique et solidaire nécessaire et notamment le changement de comptabilité des entreprises ou encore le développement de la capacité d’innovation des services publics. Le Haut-Commissaire a plaidé pour un changement de paradigme à mener dans un état d’esprit ambitieux et pragmatique mais aussi indulgent et bienveillant ; « il faut s’engager utilement, efficacement, pour créer un effet de levier » et créer une « mobilisation massive » a-t-il déclaré. Nicolas BRIEN a lui d’abord souligné la fulgurance de l’accélération digitale amenée par la crise notamment à travers quelques chiffres : 2 fois plus de Français font leurs achats du quotidien en ligne, les cyberattaques ont été multipliées par 4 sur le territoire hexagonal, 7 ans de plus dans la moyenne d’âge des e-acheteurs… La crise a également mis en exergue le caractère essentiel, l’enjeu social que représente l’équipement correct de toutes et tous pour étudier ou travailler à distance. Une problématique où le secteur de l’innovation a des réponses à apporter. Il a insisté sur la nécessité pour l’innovation technologique de ne pas être décorrélée de l’innovation écologique et sociale. Le CEO de France Digitale a plaidé pour davantage de coalitions, d’entraide entre les grandes entreprises du CAC 40 et les startups. Il a abordé sa vision de la « startup nation » : celle où les startups participent à faire Nation, et proposent des solutions. Pour l’illustrer, il a cité les 3,2 millions de téléconsultations par Doctolib, Lifen qui a permis le transfert sécurisé des données entre hôpitaux, Blablahelp… et les nombreuses initiatives de solidarité menées à bien par les entrepreneurs et leurs équipes « agiles » pour soutenir le système de soins et ceux dans le besoin – il a notamment été fait mention de #ProtègeTonSoignant qui a permis de lever plus de 6 millions d’euros pour l’achat de matériel pour les hôpitaux et EPHAD. Un fait marquant ? en plus de masques et de respirateurs, ces établissements demandent en troisième position… des tablettes numériques. Un insight qui confirme, selon Nicolas BRIEN, le fait que la distanciation physique n’est pas sociale et que la technologie et les startups détiennent une partie de la solution. Le plaidoyer commun pour des coalitions public-privé, CAC40/Next40 a été appuyé par la journaliste Cyrielle HARIEL qui a cité deux chiffres illustrant la volonté des Français de voir les dirigeants du secteur privé s’engager avec les pouvoirs publics : - Dans la crise - plus de 9 Français sur 10 estiment aujourd’hui que les dirigeants d’entreprises doivent jouer un rôle important dans la crise (sondage Ifop pour Societer publié le 20 avril dans L’Opinion) ; - Dans la reconstruction du monde « après-crise » - les Français sont 78% à déclarer que la reconstruction du monde d’après-crise devra être impulsée et portée aussi bien par les dirigeants d’entreprise que par les pouvoirs publics (sondage Ifop pour Societer publié le 27 avril dans L’Opinion). La parole a ensuite été donnée aux quatre grands témoins invités de ce débat : - Eva SADOUN, serial entrepreneuse, CEO de LITA.co, plateforme d’investissement dans les projets à impact social et environnemental également très engagée dans l’écosystème de la finance solidaire et de l’entrepreneuriat social comme Vice-Présidente du Mouvement des entrepreneurs sociaux et comme présidente de Tech4Good France. - Mathias VICHERAT, Secrétaire Général de DANONE, Groupe particulièrement actif, notamment à travers l’action d’Emmanuel FABER sur les enjeux sociétaux, qui est à l’initiative de BI4G ou encore d’OP2B. - Chrystèle GIMARET, Présidente fondatrice d’EKOKLEAN, premier expert du sustainable cleaning- 100% purpose native qui a créé le nettoyage durable ; à la fois eco-friendly et qui souhaite revaloriser les métiers de services, également lauréate du prix Bold Woman de l’année 2019 de Veuve Cliquot/LVMH. - Emery JACQUILLAT, PDG de la CAMIF, et président de la communauté des entreprises à mission qui compte parmi les « entrepreneurs à mission » incontournables puisque la CAMIF est l’une des premières entreprises à mission. Eva SADOUN qui était la première à prendre la parole a commencé son intervention avec une citation attribuée à Claude LEVI-STRAUSS (« Lorsque les hommes commencent à se sentir à l'étroit dans leurs espaces géographique, social et mental, une solution simple risque de les séduire : celle qui consiste à refuser la qualité humaine à une partie de l'espèce. ») pour illustrer sa conviction que l’avenir de la société réside dans les espaces qui collaborent entre eux, avec l’environnement – réelle partie prenante – d’abord. En effet, celle-ci estime que les exigences environnementales et sociales sont prioritaires dans la reprise que nous abordons. L’entrepreneure a appelé à la coopération et à l’implication de la société civile dans les structures et organisations (au sein de entreprises) et dans la société. Elle a également fait état de la nécessité de l’union des forces, en particulier au niveau citoyen, pour répondre à l’enjeu partagé de création de modèles vertueux. Mathias VICHERAT, Secrétaire Général de DANONE, notamment à l’origine de deux coalitions majeures – Business for Inclusive Growth (B4IG) lancée à l’occasion du G7 et OP2B en faveur de la biodiversité, lancée lors de la dernière Assemblée Générale de l’ONU – a commencé par affirmer que « le mode de la coalition n’est plus une option (…) c’est une exigence morale et un impératif économique ». Il a ajouté à cet enjeu crucial celui de la financiarisation des externalités positives des entreprises (pour, par exemple, financer la transition des producteurs et agriculteurs). Pour lui, cette démarche doit s’accompagner de deux exigences pour les entreprises : la mise en œuvre d’actions concrètes ainsi que la prise d’engagements opposables (sur un plan moral), en signant par exemple un pledge. Il a conclu en plaidant pour une relance verte et inclusive soulignant qu’il était important de considérer relance et engagements sociétaux comme « deux jambes » qui ne peuvent s’opposer. Enfin, répondant à une question d’internaute, Mathias VICHERAT a renouvelé sa confiance envers l’Union Européenne, malgré des difficultés perçues, et a notamment salué l’engagement d’acteurs au sein des institutions comme Pascal CANFIN, ainsi que la (re)mise à l’agenda la Commission le 20 mai prochain de la stratégie biodiversité. C’est ensuite Chrystèle GIMARET, présidente fondatrice d’EKOKLEAN, premier expert du sustainable cleaning, qui a exposé son combat en faveur de l’emploi décent et de la revalorisation de métiers essentiels dont celui du nettoyage, une question humaine bien sûr mais aussi une façon de créer un cercle vertueux. La seule façon de créer une croissance économique durable, selon l’entrepreneure qui a également affirmé que la crise serait un révélateur de la sincérité de l’engagement et une occasion de replacer l’humain et la nature au centre. Elle a illustré cette conviction à travers le modèle unique de son entreprise qui rend leur dignité dans le travail aux agents de nettoyage – à travers le lien humain, l’amélioration des conditions de travail (horaires, statuts, protection sociale), et l’utilisation de produits écologiques (une pratique également bénéfique pour les clients). « Dans cette crise du Covid-19, c’est notre responsabilité de dirigeants, sans doute plus que jamais, que de nous engager pour répondre à la triple injonction : sanitaire/ sécuritaire ; sociétale et environnementale », a-t-elle déclaré. Ce sont, au final, les trois lettres de l’ESG : environnement, social et gouvernance. Il est essentiel de mieux partager la valeur. Pour inciter ce mouvement, nous devons faire évoluer le cadre juridique et entrer dans une comptabilité à triple capital. Enfin, Chrystèle GIMARET a présenté le partenariat récemment scellé par son entreprise avec Airbnb en France et en Belgique avec une plateforme géolocalisée « Ekoklean on demand ». Cette plateforme permettra une géolocalisation en temps réel et donc de créer plus de liens humains de proximité ; ses créateurs estiment qu’elle pourrait créer jusqu’à 200 000 emplois. Elle permettra de choisir d’être salarié dans les conditions protectrices d’EKOKLEAN ou travailleur autonome avec une logique de partage de la valeur et d’accompagnement de l’entrepreneuriat. C’est Emery JACQUILAT, PDG de la CAMIF, et président de la Communauté des Entreprises à Mission, qui a conclu ces prises de parole évoquant d’abord l’expérience de « décroissance » vécue par nos sociétés durant ces semaines de confinement. « Le monde qu’il faut inventer c’est un monde de décroissance où on doit aussi construire un monde meilleur. » Il a ensuite appelé à la mobilisation de tous, à commencer par celle des citoyens – collaborateurs, consommateurs… tout en soulignant que cela ne suffirait pas (citant notamment une étude Carbon 4 affirmant que si tout le monde adoptait des bonnes pratiques (plus d’avion, de voiture...) nous n’aurions fait que 25% du chemin pour la trajectoire des 2°C. Les 75% autres sont à faire par les entreprises, qui ont un rôle majeur à jouer. Il nous faut créer pour chaque entreprise la mission à impact positif sur les enjeux sociaux et environnementaux, arguant « l’entreprise ne peut pas être une boîte à générer du profit ». Emery JACQUILLAT a ensuite ajouté que l’échelle de cette véritable révolution se joue au niveau du territoire. « Il va falloir innover, inventer de nouveaux modèles – comme l’économie circulaire : qui permet par exemple d’exploiter les déchets des uns pour créer des ressources pour les autres. » Enfin, faisant le lien entre les deux grandes thématiques de ce débat celui-ci a conclu que l’innovation passait forcément par de la coopération. Coopérer c’est innover, par l’intelligence collective. Les dernières minutes de ce débat ont été dédiées à un exercice de questions-réponses avec le public de ce débat qui a notamment permis de souligner plusieurs points : - La transition de DANONE d’un modèle multinational au « multi-local ». Mathias VICHERAT a ainsi souligné que le groupe agro-alimentaire vendait à 80% ce qui est produit dans un pays sur le marché de ce même pays. Pour soutenir ce nouveau modèle, DANONE appuie également nombre de projets micro-locaux à travers des initiatives telles que DANONE Communities. - Les invités du débat se sont accordés à dire que le sujet de l’investissement et le financement de la transition étaient centraux et qu’il était crucial que les marchés puissent être au service de la transition. Ils ont abordé le sujet pivot de la triple comptabilité. C’est Eva SADOUN notamment qui a plaidé pour la création de postes de « commissaires à l’impact » sur questions sociales et environnementales à la Cour des Comptes. « Trouver des indicateurs n’est pas si compliqué, il faut avancer » Participant à faire émerger ce modèle, Mathias VICHERAT a ainsi expliqué que l’année dernière, DANONE a montré un bénéfice net par action carboné – une pratique qui peut être bénéfique pour les entreprises vertueuses. Tous ont validé la nécessité pour les financiers – investisseurs, banques, crédit, banque de France… - d’intégrer la dimension extra-financière dans les calculs et les décisions. - Sur la question de l’emploi, Nicolas BRIEN a informé l’auditoire que 300 startups recrutaient pendant le confinement notamment grâce à une initiative France Digitale « Confinés mais recrutés » qui recense aujourd’hui 5 000 postes ouverts dans les startups françaises. Dans le détail de ces startups en croissance on retrouve de modèles vertueux innovants comme Back Market (qui vient de clore une levée de plus de 100 millions d’euros).
0
0
0
0
article suivant
Nous utilisons des cookies afin d'optimiser votre expérience. En continuant à utiliser Braineet, vous acceptez l'utilisation des cookies.