Les éléments clés du débat conclusif

Pour conclure les 31 jours d’échanges et de réflexion de l’initiative Recovery, un débat conclusif était organisé le mercredi 13 mai.

Animé par Brieux Férot (So Press), ces échanges réunissaient Brune Poirson, Secrétaire d'État auprès de la ministre de la Transition écologique et solidaire, Cyril Cassagnaud, représentant l’initiative “Pour un réveil écologique”, Caroline Neyron, représentante de “Nous sommes demain”, Philippe Zaouati, CEO de Mirova et Stéphane Distinguin, Fondateur et président de Fabernovel. Philippe Zaouati et Stéphane Distinguin ont commencé par rappeler la motivation de l’initiative : montrer qu’il est possible de tirer quelque chose de positif de cette crise, pour faire en sorte qu’elle ne soit pas inutile, en pensant le monde d’après, avec et pour les entreprises. Dans ce but, ReCOVery a réuni des entreprises, déjà fédérées au sein de réseaux (Ashoka,B Lab France, Finance for Tomorrow, France Digitale, Institut National de l’économie circulaire, La communauté des entreprises à mission, La Fabrique de l’Industrie, Le collège des directeurs du développement durable (C3D), Le Mouves, Make Sense, Réseau Entreprendre Paris, The Shift Project...). Quatre thématiques avaient été définies en amont : - Pérenniser des progrès et changements positifs nés de ces dernières semaines de crise. Sur un bon nombre d’aspects – réinvention des modes de travail et de consommation, nouvelles chaînes de valeurs, baisse de la surconsommation, réduction de la pollution atmosphérique…- l’impossible est devenu possible : ne revenons pas sur nos pas. - Remettre en cause les modèles qui ont prouvé leur faiblesse durant la crise, tels que les modèles « asset light », ou la délocalisation incluant l’éclatement des chaînes de valeur et la concentration de la production de certains produits sur une géographie. Cela pose notamment la question de l’intégration verticale et du modèle souhaitable de relocalisation. - Penser concrètement la relance, non pas par secteurs, mais par écosystèmes. Cette approche collaborative permettra une vision plus large qui ne créera pas de compétitions destructives entre les industries mais favorisera au contraire des solutions de long terme. - Définir urgemment et consolider l’engagement sociétal de chaque entreprise. Cette démarche n’est plus une option. Dans cette nouvelle équation, les entreprises à mission doivent plus que jamais constituer des sources d’inspiration. Car quelle est l’utilité, et donc l’avenir, d’une entreprise sans mission ? La période que nous vivons en est un exemple à la fois dur et éclairant. Six débats ont permis de développer ces thématiques et une plateforme collaborative (Braineet) a permis de collecter les propositions concrètes des Français, en particulier des responsables au sein des entreprises. Cette plateforme a suscité à date 57 000 visites et 483 propositions, ainsi que 557 commentaires et plus de 5 000 marques d’approbation (“likes”).
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De ces propositions, sept grandes pistes d’action pour les entreprises se sont distinguées : 1. Généraliser le télétravail et les réunions à distance : à l’heure où les usages du télétravail, des visioconférences et des réunions virtuelles se sont développés avec le confinement, ils peuvent être des leviers pour diminuer l’impact environnemental de l’activité des entreprises (réduction des déplacements, moindre empreinte immobilière). 2. Encourager l’engagement des collaborateurs : les entreprises auraient à gagner à encourager l’engagement de leurs collaborateurs autour des sujets sociétaux et environnementaux, en interne comme en externe. 3. Opérer des achats et des investissements plus responsables : les politiques d’achat et d’investissement doivent être des leviers au service d’une économie plus durable et vertueuse, en intégrant des critères d’impact environnementaux et sociaux. 4. Mettre en place des modes de gouvernance plus inclusifs : de nouvelles formes d’expression et de représentation s’avèrent nécessaires pour permettre l’expression des attentes des collaborateurs et des différentes parties prenantes des entreprises. 5. Adopter des logiques d’écosystème, alors que la compétition entre acteurs pour capter une part plus grande dans la valeur ajoutée, selon les seules règles du marché, a prouvé ses limites : elle n’encourage pas les coopérations de crise qui permettraient aux organisations d’agir ensemble plutôt que chacun dans son espace. 6. Revoir les principes de comptabilité, car intégrer les externalités des activités humaines dans la comptabilité des entreprises est indispensable pour permettre le déploiement à grande échelle de nouveaux modèles de croissance. 7. Déployer de nouveaux modèles économiques, afin d’accompagner la transformation des modes de consommation et de production. Cela implique de penser les offres autrement, de mettre en place des filières responsables et vertueuses et d’imaginer de nouveaux modèles économiques autour de la transition énergétique et de l’économie circulaire. Philippe Zaouati et Stéphane Distinguin ont annoncé en conclusion de leur intervention que chacune de ces pistes fera l’objet d’un webinar dédié au cours des mois à venir. Le premier de ces ateliers mensuels aura lieu le 16 juin à midi. Cyril Cassagnaud, de l’initiative “Pour un réveil écologique” et Caroline Neyron, de “Nous sommes demain” ont ensuite été invités à réagir aux propositions émises par les membres de la plateforme collaborative. Caroline Neyron, qui construit avec le mouvement “Nous sommes demain” une alternative sociale et écologique au Medef a insisté sur la complémentarité de ces pistes d’action avec les quatre propositions déjà émises par son collectif de 400 000 entreprises (représentant trois millions d'emplois). Cyril Cassagnaud est quant à lui revenu sur la genèse du mouvement “Pour un réveil écologique”, initié par des étudiants de grandes écoles, à travers un manifeste publié au printemps 2019. Loin de se contenter d’un rôle de lanceurs d’alerte, les étudiants impliqués ont depuis lors travaillé sur la mise en place d’outils d’aide à la recherche d’emplois à impact positif, sur la transformation des programmes de leurs établissements et sur la sensibilisation des entreprises. La crise sanitaire, qui va se doubler d’une crise sociale et économique, ne fait que renforcer leurs inquiétudes. Le collectif en appelle donc aux entreprises et à l’Etat à dépasser les engagements de façade et le “greenwashing” pour véritablement se transformer et avancer sur la voie de la transition énergétique, en repensant les modèles d’affaires. Il encourage ainsi à transformer les témoignages recueillis par l’initiative Recovery en un plan de transformation concret et à dépasser les organisations patronales actuelles, qui se montrent incapables de sortir des logiques du passé. Brune Poirson a ensuite réagi aux différentes pistes évoquées, en rappelant le défi qu’est la conciliation des logiques sociales et environnementales, du business et de l’écologie. Elle a admis craindre que la crise ne remette en cause des mouvements amorcés avant la crise. Son combat est de faire en sorte que la période ne serve pas de prétexte à des reculs sur le terrain de la transition écologique. Elle a aussi regretté l’action d’organisations comme le Medef, “qui envoient les mêmes lettres depuis dix ans” et le fait que l’Etat soit souvent limité à ses parties prenantes habituelles. Avec les coalitions et les mouvements comme Recovery, “pour une fois, ce n’est pas le plus petit dénominateur commun qui s’exprime” a-t-elle salué. Alors que le temps de l’urgence est passé, vient maintenant celui de la reconstruction : les propositions concrètes émises par Recovery permettront de nourrir le débat public et d’orienter l’action de l’Etat. Au passage, elle souligne que si les 7 propositions issues de la démarche de réflexion collaborative s’appliquent aux entreprises, ils représentent aussi des chantiers auxquels l’Etat pourrait s’atteler. Les membres de l’initiative Recovery vont maintenant finaliser la synthèse des échanges des semaines écoulées, pour en transmettre les conclusions aux différents ministères concernés et établir une charte d’engagement, avant d’analyser en profondeur chacune des thématiques qui se sont détachées des échanges à travers de nouveaux débats, orientés vers l’action concrète.
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