png

Les éléments clés du second débat en ligne

Le 21 avril se tenait le second grand débat ReCOVery sur le thème "Nouvelles chaînes de valeur et relocalisations".

Replay du second débat en ligne
media
media
media
mediapar Antonio Meza @antoonsparis
Ce débat initié par Mirova et Fabernovel en partenariat avec BFM Business a été animé par Nicolas Doze, journaliste BFM Business. Il avait pour thème les nouvelles chaînes de valeur et la relocalisation. Thierry Weil, membre de l'Académie des technologies et professeur à Mines Paristech, pour La Fabrique de l’Industrie, ainsi que Armelle Weisman, présidente du réseau Entreprendre Paris et longtemps entrepreneure dans le secteur du développement durable avant de devenir associée chez Deloitte Développement durable, ont ouvert le débat. Thierry Weil a d’abord rappelé notre vulnérabilité face à la mondialisation, tout en soulignant ses bienfaits (réduction de la pauvreté, réduction des inégalités entre pays, croissance de l’espérance de vie..) et ses défis (nivellement par le bas, concentration des ressources, interdépendances...). Il a ensuite souligné le potentiel des circuits courts et de l’économie circulaire tout en encourageant à dépasser l'alternative d’une production localisé sans valeur ajoutée en rendant notre “outil de production flexible” pour développer notre capacité à faire soi-même en temps de crise. Armelle Weisman a ensuite pris la parole pour évoquer les enjeux environnementaux et l’importance de considérer l’ensemble de la chaîne de valeurs dans le calcul de l’empreinte carbone. Les enjeux sociaux ont ensuite été évoqués avec notamment les défis de la formation et de la rémunération dans le cadre d’une relocalisation. Armelle Weisman a, par la suite, évoqué l'intérêt de l’économie circulaire et des circuits courts dans la résilience des territoires (attractivité, capacité productive, souveraineté, autonomie, effet multiplicateur, écologie...). Elle a ensuite terminé son intervention en insistant sur la réalité complexe de la relocalisation (temps long, secteurs conjoints, matières premières, filières, technologie, main d’oeuvre…). Nicolas Doze a poursuivi en présentant les quatres grands témoins du débat : Alexandra Dublanche, Vice-Présidente du Conseil Régional d’Ile de France chargée du Développement économique et de l’Attractivité, de l’Agriculture et de la Ruralité; Jean-Louis Chaussade, président du Conseil d’Administration de SUEZ : Co-auteur d’un rapport de l’Institut Montaigne sur l’Economie circulaire, SDGs Pioneer (et président du comité France-Chine); Denis Ranque, ancien Président du Conseil d’administration d’Airbus Group; Adrien Geiger : Sustainability Officer du Groupe L’Occitane et Directeur Général de L’Occitane en Provence. Nicolas Doze a ensuite rappelé que la crise sanitaire actuelle a poussé les pouvoirs publics à faire un choix politique, celui de mettre à l’arrêt l’économie pour préserver les services hospitaliers. Puis il a interrogé Jean-Louis Chaussade et Denis Ranque avec la question suivante : la crise sanitaire met-elle en évidence la crise de croissance de notre économie ? Selon Denis Ranque, la crise sanitaire n’est pas une crise du système économique mais un révélateur de la vulnérabilité de notre système à la mondialisation. Jean-Louis Chaussade a lui invité à faire preuve de modestie dans cette crise sans précédent dans le monde économique qu’aucun acteur n’avait été en mesure de prévoir. Il a ensuite rappelé les problématiques d’une production délocalisée et en flux tendus (disponibilité versus coûts). Relocalisation, production industrielle et emploi sont autants d’éléments à prendre en compte pour imaginer le monde de demain. Nicolas Doze a ensuite donné la parole à Adrien Geiger au sujet de “la victoire du made in France et des circuits courts”. Adrien Geiger a d’abord rappelé le rôle de l’entreprise (la création de valeur pour son écosystème local) et préfère parler de “localisation” voire de “multilocalisation” plutôt que de relocalisation. Selon lui, la localisation permet de créer de la valeur sur place, de garder de la valeur ajoutée localement, et dans certains cas de faire redécouvrir la biodiversité localement : “Dès que localement, on peut trouver des solutions locales, il faut y aller”. La parole a, par la suite, été donnée à Alexandra Dublanche pour nous présenter la stratégie du circuit-court. Pour Alexandra Dublanche, des initiatives sont déjà en place en Ile de France, première région économique d’Europe et bassin d’innovation et de recherche. Il est nécessaire selon-elle de “s’appuyer sur ses atouts” et créer un écosystème favorable. Ce que fait l’Ile de France en aidant les petites structures à se numériser, en leur offrant des aides économiques, des aides au recrutement et des aides à la recherche de foncier sur le territoire. Puis, Nicolas Doze a donné la parole à Denis Ranque afin qu’il s’exprime sur les failles de la chaîne d’approvisionnement d’Airbus mises en évidence par la crise actuelle. Denis ranque a répondu que, paradoxalement, bien que le virus vienne de Chine, les failles étaient principalement européennes et notamment françaises, en raison des mesures de confinement. Il a ensuite évoqué l’ajustement de la production à ⅔ de sa capacité normale suite aux faibles commandes des compagnies aériennes, une mesure qui impacte des dizaines de milliers d’emplois. Il a ensuite fait part de ses interrogations sur les changements de comportements des voyageurs à moyen et long terme (développement de la visioconférence, voyages locaux…) Jean-Louis Chaussade a, à son tour, présenté les impacts de la crise sur les activités de Suez. De la même façon, pour lui, l’impact de la crise sur les activités de Suez est directement lié aux mesures locales de confinement, notamment en Europe. Concernant le développement des outils numériques de communication, il a insisté sur la nécessité de la proximité et du contact entre personnes et mis en avant la vigilance nécessaire face aux failles de sécurité des outils et aux dangers qu’elles pourraient entraîner. Nicolas Doze a ensuite interrogé Alexandra Dublanche sur les détails de la relocalisation industrielle en Ile de France. Alexandra Dublanche a insisté sur l’importance de s’appuyer sur les atouts locaux à forte valeur ajoutée. Il est également indispensable selon elle d’expliquer aux habitants les intérêts des démarches de relocalisation (attractivité, emploi..). Elle a ensuite fait part des ses interrogations sur l’évolution des modes de consommation. La crise sanitaire a poussé les consommateurs à s’orienter actuellement vers des circuits courts à un prix d’achat plus élevé mais rien n’indique que ce mouvement va durer : “Il y a une dichotomie totale entre les sondages en faveur du local et les comportements effectifs”. Nicolas Doze a ensuite invité Adrien Geiger à expliquer sa vision de l’économie circulaire. Adrien Geiger a rappelé que le développement de l’économie circulaire était un enjeu fondamental qui visait à régénérer les écosystèmes : “Il faut s’inspirer de la nature […] Rien n’est jeté, tout est transformé et réutilisé”. Il a ensuite présenté les actions de L'Occitane qui allaient dans ce sens et les objectifs (3 fois 100%, usines sèches…). Pour Adrien Geiger, la question du pouvoir d’achat dans ce contexte est essentielle. Pour une marque à forte valeur ajoutée, l’enjeu est de justifier le prix de vente d’un “produit qui a du sens” au consommateur (création de valeur pour le territoire et la collectivité). La dernière question posée à Jean-Louis Chaussade par Nicolas Doze concernait la responsabilité des entreprises. Pour Jean-Louis Chaussade, “l’Etat ne peut pas tout [...] et dans la mondialisation les entreprises ont un rôle majeur à jouer”. La crise peut accélérer l’évolution mais il s’agit d’un mouvement profond déjà bien enclenché. Il faut, selon lui, lutter contre la désindustrialisation de la France, relocaliser et en assumer les coûts. Nicolas Doze a ensuite posé une question d’un internaute aux intervenants : “Dans quelle mesure est-il réaliste de parler de relocalisation dans un pays qui a tant perdu de sa culture industrielle ces dernières décennies ?” Denis Ranque a répondu en insistant, à son tour, sur l’importance de “se mettre sur des produits que l’on fait mieux ques les autres”. Il faut selon lui, relocaliser quelques éléments critiques de la supply-chain sans bouleverser le modèle mondial qui permet à Airbus et ses clients de créer de la valeur locale. Thierry Weil et Alexandra Dublanche ont tenu à ajouter qu’il était important de garder en France une industrie capable de se reconfigurer rapidement et dont on maîtrise les règles sociales et sanitaires. Il est très difficile, selon eux, de rester compétitif localement lorsque les règles d’importations sont bien moins contraignantes. Une autre question d’un internaute a ensuite été posée par Nicolas Doze : Est-ce qu’il n’est pas venu le moment d’utiliser un autre indicateur que le PIB ? Ce mouvement vertueux vers une économie plus verte et éthique tiendra-t-il face à l’OMC ? Armelle a répondu qu’il ne faut pas caricaturer ni opposer les différents acteurs de l’économie. Pour elle, les indicateurs doivent intégrer les travaux des scientifiques et notamment les neufs limites planétaires qui mettent en évidence l’impossibilité de croître indéfiniment. Elle a expliqué qu’il faut s'interroger sur les différents éléments de socle social et économique (médical, alimentaire..) et favoriser les échanges entre experts de différents domaines pour comprendre les contraintes de chacun et travailler ensemble en tenant compte des nouveaux éléments. Adrien a ajouté que depuis longtemps la croissance était liée à la consommation, et que le moment était venu d’arriver à mieux et moins consommer sans pour autant être en décroissance. Nicolas Doze a cloturé le débat en remerciant les intervenants et incité les internautes à poursuivre les échanges en ligne sur la plateforme https://recovery.wiki/. Il a finalement présenté brièvement le prochain débat qui portera sur "Mission et impact sociétal de l’entreprise, des facteurs de résilience ?".
6 personnes aiment cet article
6
3

Recovery

Recovery

Une première synthèse du challenge "Revisiter les modèles existants"

27 avril 2020

6
3
article suivant
Nous utilisons des cookies afin d'optimiser votre expérience. En continuant à utiliser Braineet, vous acceptez l'utilisation des cookies.